30.8.12

'L’illusion d’une philologie par anagramme ....' Villon Tzara AnAGraMMaTical clandestinies




C’est l’intérêt pour l’œuvre de Villon manifesté par le poète dadaïste à partir de la fin des années quarante qui semble en être à l’origine. Dans les années cinquante, il travaille en effet à une édition critique de l’œuvre du poète. C’est vraisemblablement à cette occasion que l’anagramme est mise en place comme instrument de lecture des poèmes.



En 1956, l’édition critique achevée n’est pas donnée à l’impression et Tzara entreprend la rédaction d’un long essai qui consiste en un décryptage, au moyen d’anagrammes, de deux poèmes du Villon : le Lais et le Testament. Un article paru fin 59 dans les Lettres françaises annonce la publication imminente de ce travail. Pourtant, confronté, tout comme Saussure, à un doute persistant sur la réalité du phénomène poétique découvert, Tzara ne rend pas public ses résultats et poursuit ses recherches.


Il applique alors sa méthode à d’autres textes poétiques du xve et xvie siècles, parmi lesquelles les « Franfeluches antidotées » du Gargantua de Rabelais. Cette seconde étude donne lieu à un élargissement du champ d’investigation similaire à celui rencontré dans la démarche de Saussure. Il y est affirmé que la pratique anagrammatique n’est pas propre à l’œuvre de Villon mais qu’elle est à l’œuvre dans les productions poétiques du xiie au xvie siècle. L’essai achevé auquel est donné le titre Le Secret de Villon n’est pas publié du vivant de l’auteur. Les premiers extraits seront publiés dans les années soixante-dix10 et l’intégralité du traité ne sera éditée qu’en 1991. Il constitue le sixième et dernier volume de l’édition des œuvres complètes de Tzara préparée par Henri Béhar

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L’anagramme de Tzara se distingue par ailleurs par sa plus grande simplicité. Voici comment, dès les premières pages du Secret de Villon, l’auteur définit le procédé mis au jour dans les vers de Villon :

Ce procédé consistait à inclure dans un vers, ou la portion de celui-ci dévolue à l’anagramme, un mot ou plusieurs dont les lettres sont distribuées symétriquement par rapport à un centre formé d’un ou deux signes alphabétiques, les blancs entre les mots ne comptent pas. Ainsi, lors de ma recherche d’une telle anagramme, il se vérifiera qu’à une lettre faisant partie du mot ou des mots de l’anagramme, correspondra par symétrie une autre, les deux étant placées, si l’on considère chaque caractère comme une unité de mesure, à une égale distance du centre.



. Sur la seule foi de la méthode anagrammatique, des événements par ailleurs inconnus de la vie du poète sont mis au jour et constituent la trame d’un roman d’amour déçu, d’une narration parallèle au récit contenu dans le Lais. L’écriture de ce « rommant de Villon » a un statu paradoxal. Pour Tzara, il ne fait pas de doute que c’est Villon qui en est l’auteur :

30Cette œuvre magistrale [le Lais], Villon l’a conçue comme un “rommant” à clé. On pourrait même dire à double clé, si l’on considère que celle destinée à ouvrir le domaine réel du drame et de ses personnages est fonction de la seconde clé qui sert à déchiffrer les anagrammes. La riche et variée imagination de Villon est ainsi contenue dans le corset d’un système d’interprétation dont la rigueur et la liberté se commandent réciproquement 


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L’opération anagrammatique bouleverse les codes de lecture d’une œuvre poétique.

Pierre-Yves Testenoire


 Excerpted from  «Sur une philologie anagrammatique : rencontre d’un linguiste (Saussure) et d’un poète  TriStan (Tzara).»